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La langue grecque - Racine vivante de la science et de la médecine

03/02/2026

La langue grecque - Racine vivante de la science et de la médecine

L’UNESCO a officiellement institué la langue grecque en tant qu’objet de reconnaissance internationale en 2025, en adoptant la désignation du 9 février comme « Journée mondiale de la langue grecque ».

 

Cette décision, approuvée par le Conseil exécutif de l’UNESCO le 14 avril 2025, souligne la contribution exceptionnelle de la langue grecque au patrimoine culturel universel et sa longue continuité historique; elle a ensuite été formellement proclamée lors de la 43ᵉ Conférence générale de l’UNESCO en novembre 2025. 

article proposé par Maria Grigoriadi Svensson

Le grec ancien, une langue étonnamment vivante

 

Nombreux sont ceux qui, en France, affirment ne pas parler le grec.
Cette conviction repose toutefois sur une méconnaissance de la présence diffuse mais constante de cette langue dans le français contemporain. Car si le grec ancien n’est plus langue de communication courante, il demeure remarquablement vivant à travers une multitude de termes employés chaque jour, en particulier dans les domaines scientifique et médical.

En choisissant d’aborder ces deux champs du savoir comme cadre d’analyse, on met en lumière un fait linguistique souvent ignoré : une part substantielle du vocabulaire qui sert à nommer, décrire et comprendre le monde du vivant, du corps et des phénomènes naturels provient directement du grec. Diagnostics, hypothèses, analyses, symptômes ou thérapies sont autant de mots qui témoignent d’un héritage toujours actif.


Qualifiée de « langue morte », le grec n’en continue pas moins d’accompagner nos échanges écrits et oraux, structurant la pensée savante et irriguant la langue française d’outils conceptuels d’une grande précision.
Étudier cette présence dans le contexte médical et scientifique revient ainsi à révéler que le grec, loin d’appartenir au seul passé, participe encore pleinement à notre manière quotidienne de dire et de comprendre le réel. 

 

La décision de l’UNESCO et sa signification


Le 14 avril 2025, le Conseil exécutif de l’UNESCO a approuvé la désignation du 9 février comme “Journée mondiale de la langue grecque”. Cette date coïncide avec l’anniversaire de la mort du poète national grec Dionysios Solomos (1798-1857), auteur de l’Hymne à la liberté, devenu l’hymne national de la Grèce. 

 

Dionysios  Solomos


La décision a été officiellement ratifiée le 12 novembre 2025 par la 43ᵉ Conférence générale de l’UNESCO qui souligne la contribution exceptionnelle de la langue grecque à la continuité historique (plus de 3 000 ans) et à la richesse du patrimoine culturel mondial. 


Dans sa résolution, l’UNESCO rappelle que la langue est un vecteur de culture, de valeurs, de concepts, d’identité et de compréhension mutuelle — et que le grec, auquel l’organisation reconnaît une position unique parmi les langues du monde, remplit ces fonctions de manière exemplaire. 


Cette décision s’inscrit dans la mission de l’UNESCO de préserver et promouvoir la diversité culturelle et linguistique, en reconnaissant des langues clés pour leur rôle historique et contemporain dans la transmission des savoirs.
À l’occasion de la Journée mondiale de la langue grecque, le 9 février prochain, il est essentiel de rappeler combien cette langue — loin d’être seulement un patrimoine littéraire — est un moteur fondamental de la pensée scientifique et du langage médical moderne. 

 

1. Aux origines de la pensée scientifique


La science occidentale naît dans le monde grec antique. Là, entre le VIᵉ et le IVᵉ siècle avant notre ère, des penseurs inventent une manière de penser fondée sur l’observation, la logique et la recherche de causes naturelles. 


Hippocrate de Cos (vers 460–370 av. J.-C.) 

 

Hippocrate


Considéré comme le “père de la médecine”, Hippocrate met en place des pratiques médicales basées sur l’observation systématique des symptômes et l’évolution des maladies. Il rompt avec les explications superstitieuses et/ou religieuses et pose les bases d’une médecine clinique structurée dans un langage réfléchi et précis.


Galien de Pergame (129–vers 216 apr. J.-C.) 

 

Portrait de Claude Galien,

gravure de Georg Paul Busch (XVIIIe siècle)


Ce médecin grec, exerçant à Rome, devient l’un des auteurs médicaux les plus influents de l’Antiquité. Ses traités d’anatomie, de physiologie et de thérapeutique dominent l’enseignement médical en Europe jusqu’à la Renaissance. C’est en grec qu’il rédige la plupart de ses œuvres, même dans un contexte romain.


Ces traditions intellectuelles s’accompagnent d’un développement linguistique puissant : le grec ancien, riche en racines morphologiques, permet la formation de mots complexes par composition de racines, préfixes et suffixes — un outil parfait pour nommer des phénomènes nouveaux et abstraits.

 

2. La médecine grecque : un langage universel encore aujourd’hui


Dans le vocabulaire médical moderne, la majorité des termes spécialisés proviennent du grec. Les estimations des manuels de terminologie médicale indiquent qu’environ 70 % à 75 % des termes médicaux actuels ont une origine grecque, bien qu’un certain nombre de termes anatomiques descriptifs viennent également du latin. 


En revanche, le latin a conservé son rôle dans les noms des structures anatomiques (par exemple, fémur, radius, tibia), en grande partie parce que l’anatomie moderne s’est structurée en Europe au moment où le latin était encore la langue académique dominante.

 

3. Linguistique : formation des mots grecs en médecine


L’une des forces du grec est sa capacité à créer des termes transparents, que l’on peut décomposer pour en saisir le sens. Voici quelques exemples :


Racines (sens principal)

 

cardi- : cœur
nephr- : rein
gastr- : estomac
hépat- : foie
• géron- : personne âgée
• psykhί- (ψυχή) : souffle vital, âme, esprit
• phrag- (v. phráttō): fermer, barrer, séparer par une cloison, obstruer

 

Préfixes (précision du sens)


hyper- : excès
hypo- : insuffisance
anti- : contre
dia- : à travers
tachy- : rapide, accéléré
brady- : lent, ralenti

 

Suffixes (fonction ou action)


-logie : étude, discours raisonné
-ite : inflammation
-ectomie : ablation
-iatrie : soin médical, traitement

 

Exemples 


Diaphragme : littéralement « cloison qui sépare », en anatomie, le muscle qui sépare la cage thoracique de l’abdomen et  joue un rôle essentiel dans la respiration
Psychologie : étude du fonctionnement de l’esprit et des processus mentaux
Psychiatrie : médecine qui soigne les troubles de l’esprit et du psychisme
Bradycardie : ralentissement du rythme cardiaque
Hypogastrique : qui se situe sous la région de l’estomac, dans le bas-ventre
Cardiologie : étude du cœur / spécialité médicale qui étudie le cœur et ses maladies
Néphrite : inflammation du rein
Hépatite : inflammation du foie
Gériatrie : médecine consacrée à la santé/aux soins et aux maladies des personnes âgées
Hématologie : étude du sang
Gastrectomie : ablation de l’estomac
Tachycardie : rythme cardiaque rapide

 

Cette transparence morphologique permet souvent aux étudiants et aux professionnels de déduire le sens d’un terme médical même sans l’avoir appris auparavant.

 

4. Pourquoi le grec s’est imposé durablement ?


Plusieurs raisons expliquent la prédominance du grec dans le vocabulaire scientifique et médical :

 

Manuscrit grec de Galien, Du pouls.
Galen. De pulsibus. (Manuscript; Venice, ca. 1550)


a) Origine historique


Les premières descriptions systématiques de maladies, de diagnostics et de théories médicales sont rédigées en grec, que ce soit dans l’école hippocratique ou chez Galien.

 

b) Capacité morphologique


Le grec est particulièrement adapté à l’abstraction et à la création de termes nouveaux, ce qui en fait une langue-outil pour nommer des concepts scientifiques complexes.

 

c) Transmission des savoirs


Les textes grecs sont traduits en latin puis transmis à travers l’Europe médiévale, tout en conservant les racines grecques des termes, même lorsqu’ils sont latinisés.

 

d) Neutralité internationale


Les racines grecques sont perçues comme neutres sur le plan linguistique, c’est-à-dire non liées à une nation moderne. Cela facilite leur adoption universelle dans des contextes scientifiques internationaux.

 

5. Quelques exemples de termes grecs en sciences en général:

 

  • Diagnostic / diagnōstikós (διαγνωστικός)
    • préfixe dia- : « à travers, en séparant »
    • verbe « gignōskein » : « connaître, reconnaître »


→ L’idée de départ est donc « discerner en distinguant ».
Démarche analytique pour observer, recueillir des informations, distinguer les différents éléments en jeu, puis formuler un jugement clair sur l’état d’un système. 
En médecine en particulier, un diagnostic, c’est littéralement l’action de reconnaître une maladie en la distinguant des autres.

 

  • Hypothèse : hypóthesis (ὑπόθεσις) : 
    • hypo- : « en dessous »
    • thesis : « action de poser, placement »

 

 → Sens littéral : « ce qu’on place en dessous comme base ».
Une hypothèse est donc une proposition de départ sur laquelle on construit un raisonnement ou une théorie.

 

  • Théorème : theṓrēma (θεώρημα)
    de theōrein : « regarder attentivement, contempler »


 → Sens premier : « ce qui est observé et établi par l’esprit ».
Un théorème est donc une vérité qu’on “voit” par le raisonnement.

 

  • Méthode : méthodos (μέθοδος)
    meta- : « à la suite de, en suivant »
    odos : « chemin »


 → Littéralement : « le chemin qu’on suit ».
Une méthode est une voie organisée pour arriver à un résultat.

 

  • Parabole : parabolē (παραβολή)
    para- : « à côté »
    ballein : « jeter »


 → Sens concret : « mettre côte à côte pour comparer ».
En maths, la parabole est une courbe obtenue par comparaison de distances. 

 

  • Périmètre : perímetron (περίμετρον)
    peri- : « autour »
    metron : « mesure » - « mesure du tour ».

 

  • Isotope : isótopos (ἰσότοπος) 
    iso- : « égal » 
    topos : « lieu »


 → Atomes qui occupent « la même place » dans le tableau périodique (même numéro atomique) mais diffèrent par leur masse.

 

  • Atome : átomos (ἄτομος) :
    • a- : « non »
    tomos : « coupure, découpe »


 → « Qu’on ne peut pas couper ». Pour les Grecs, c’était la plus petite portion de matière imaginable.

 

  • Électron : ēlektron (ἤλεκτρον) : « ambre »
    L’ambre frotté produit de l’électricité statique ; le nom de la particule vient de ce phénomène.

 

  • Topologie

tópos : « lieu » 
-logie : « étude »


 → Etude des propriétés liées à la position et à la continuité plutôt qu’aux distances exactes.

 

  • Dynamique : dýnamis (δύναμις) : « force, puissance »
    La dynamique étudie les effets des forces sur le mouvement.

 

  • Cinématique : kínēma (κίνημα) - de kinein : « mettre en mouvement »
     → Etude du mouvement lui-même, sans se préoccuper des forces.

 

  • Symétrie : symmetría (συμμετρία) : 

syn- : « avec » 
metron : « mesure »


 → Sens premier : « juste proportion, même mesure ». Une figure symétrique garde les mêmes mesures de part et d’autre d’un axe ou d’un centre.

 

  • Critère : kritērion (κριτήριον) : de krinein : « juger, décider »

 

 → Un critère est ce qui permet de trancher entre vrai et faux (par exemple un critère de divisibilité).

 

  • Axion (en physique théorique)


 → Du grec áxios (ἄξιος) : « digne, qui a de la valeur »
Nom choisi pour suggérer une particule « précieuse » pour résoudre un problème théorique.

 

6. Conclusion : une langue à célébrer


Aujourd’hui encore, la langue grecque ne se limite pas à un héritage culturel : elle demeure une langue de pensée scientifique, qui structure nombre de concepts en sciences et en médecine. Chaque diagnostic posé, chaque traitement décrit, chaque théorie formulée s’appuie sur un héritage linguistique et conceptuel toujours vivant.


Célébrer la Journée mondiale de la langue grecque, c’est célébrer cette contribution unique à la pensée rationnelle, à la science et au dialogue interculturel.

 

 

Sources : 


•    Terminologie-medicale.com 
•    Creapharma.ch 
•    Encyclopaedia Britannica 
•    Site officiel UNESCO – World Greek Language Day (9 février)

 

 

Pour plus d’informations, consulter également les sites suivants sur Grèce Hebdo, (site de la Communication Digitale - ministère des Affaires Etrangères, Secrétariat général de Grecs à l’étranger et de la Diplomatie Publique, République Hellénique).


    Journée Mondiale de la langue grecque : 

https://www.grecehebdo.gr/proclamation-du-9-fevrier-comme-journee-mondiale-de-la-langue-grecque-par-lunesco/

 

    Rayonnement diachronique de la langue grecque :
https://www.grecehebdo.gr/vassilis-papadopoulos-sur-le-rayonnement-diachronique-de-la-langue-grecque/

 

    La langue grecque et le poète national grec Dionysios Solomos :
https://www.grecehebdo.gr/9-fevrier-journee-mondiale-de-la-langue-grecque-dediee-au-poete-national-grec-dionysios-solomos-1798-1857/

 

 

Les illustrations de cet article sont dans le domaine public / Wikimedia Commons

 

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